Locataire parti sans prévenir ou qui a laissé les clés : que faire, étape par étape
Mis à jour le 5 juin 2026 · Rédigé par La rédaction de Serenibail · 12 min de lecture · Sources officielles citées
Vous découvrez le logement vide, une boîte aux lettres qui déborde, ou les clés glissées sous la porte : votre locataire semble parti sans prévenir. C'est une situation déstabilisante, mais elle a une solution juridique claire. Le réflexe le plus important : ne pas reprendre le logement vous-même, même s'il paraît abandonné. Tant que le bail n'est pas résilié par un juge ou par un congé en bonne et due forme, le locataire reste juridiquement titulaire des lieux. Ce guide vous explique, étape par étape, comment sécuriser la situation, faire constater l'abandon, récupérer votre bien et réclamer les loyers dus, en 2026.
L'essentiel
- →Ne reprenez jamais le logement seul, même vide : changer la serrure ou vider les lieux sans décision de justice est une voie de fait passible de sanctions civiles et pénales.
- →Un départ sans congé écrit ne met pas fin au bail : le locataire doit toujours le loyer tant que le bail n'est pas résilié.
- →La procédure d'abandon (article 14-1 de la loi de 1989) commence par une mise en demeure délivrée par commissaire de justice (ex-huissier) ; un constat préalable de la situation vous aide à documenter votre dossier.
- →Procédure d'abandon : mise en demeure par commissaire de justice, puis 1 mois sans réponse, constat d'abandon, puis saisine du juge des contentieux de la protection qui constate la résiliation du bail.
- →Vous pourrez réclamer les loyers et charges impayés et faire jouer la caution ; conservez tous les justificatifs.
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Les étapes, dans l'ordre
- 1
Constater sans entrer dans les lieux
Immédiatement
Notez les indices d'abandon visibles depuis l'extérieur (courrier accumulé, volets fermés, boîte aux lettres pleine), photographiez, mais n'entrez pas et ne changez pas la serrure. Rassemblez votre dossier : bail, état des lieux d'entrée, quittances, coordonnées de la caution.
- 2
Mandater un commissaire de justice
Sous quelques jours
Faites appel à un commissaire de justice (ex-huissier). Vous pouvez lui demander un constat de l'état apparent du logement, document daté à forte valeur probante, utile pour la suite de la procédure et pour tout futur litige.
- 3
Faire délivrer une mise en demeure de justifier l'occupation
À l'initiation de la procédure
Le commissaire de justice signifie au locataire une mise en demeure de justifier qu'il occupe le logement (article 14-1 de la loi de 1989). C'est cet acte qui ouvre la procédure d'abandon ; il peut être contenu dans un commandement de payer si des loyers sont impayés.
- 4
Attendre le délai d'un mois
1 mois après la mise en demeure
Si le locataire ne défère pas à la mise en demeure dans le mois suivant la signification, le commissaire de justice peut alors procéder à la constatation de l'état d'abandon et dresser un procès-verbal inventoriant les meubles laissés (en indiquant leur valeur marchande éventuelle).
- 5
Saisir le juge des contentieux de la protection
Après le constat d'abandon
Avec le procès-verbal d'abandon, vous saisissez par requête le juge des contentieux de la protection du tribunal du lieu du logement. S'il constate l'abandon, il constate la résiliation du bail, ordonne la reprise des lieux et peut statuer sur les loyers et charges impayés et sur le sort des meubles.
- 6
Signifier l'ordonnance et laisser courir le délai d'opposition
Signification sous 2 mois, opposition possible 1 mois
L'ordonnance du juge doit être signifiée au locataire dans les 2 mois, sous peine de ne plus être valable. Le locataire dispose d'1 mois à compter de la signification pour former opposition. Sans opposition, l'ordonnance produit ses effets.
- 7
Reprendre le logement et solder les comptes
Après expiration du délai d'opposition
Une fois le délai d'opposition écoulé, récupérez le logement selon la procédure de reprise simplifiée. Établissez le décompte locatif, retenez les sommes justifiées sur le dépôt de garantie, réclamez les impayés au locataire et, le cas échéant, à la caution.
Premier réflexe : ne pas reprendre le logement vous-même
C'est le point le plus important de cette page, et le piège dans lequel tombent beaucoup de propriétaires de bonne foi. Même si le logement vous paraît manifestement vide, même si les clés sont sous le paillasson, vous n'avez pas le droit d'y entrer librement, de changer la serrure, ni d'enlever les meubles tant qu'une décision de justice ou un congé valable n'a pas mis fin au bail.
Tant que le bail court, le locataire conserve la jouissance exclusive du logement. Reprendre les lieux par vos propres moyens est ce que le droit appelle une voie de fait. Cela peut être lourdement sanctionné : sur le plan civil, vous devrez des dommages et intérêts au locataire (la jurisprudence reconnaît un préjudice du seul fait de l'atteinte au domicile et à la vie privée) ; sur le plan pénal, la violation de domicile est désormais punie de 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende depuis la loi du 27 juillet 2023 (article 226-4 du Code pénal).
Le réflexe sain est donc de ne rien toucher, de documenter ce que vous constatez de l'extérieur, et d'enclencher la procédure légale. C'est plus long que de reprendre les clés soi-même, mais c'est la seule voie qui sécurise votre bien et vos futures démarches (récupération des loyers, restitution du dépôt de garantie, action contre la caution).
Le danger n°1
Un départ sans congé écrit ne met pas fin au bail
Beaucoup de propriétaires pensent qu'un locataire qui s'en va a, de fait, mis fin au contrat. Juridiquement, c'est faux. Pour résilier un bail d'habitation soumis à la loi du 6 juillet 1989, le locataire doit donner congé par écrit (lettre recommandée avec accusé de réception, acte de commissaire de justice ou remise en main propre contre récépissé ou émargement), en respectant son préavis (1 mois en zone tendue ou dans certains cas prévus par la loi, 3 mois en règle générale).
Un simple départ, des clés laissées dans la boîte ou un message verbal ne valent pas congé régulier. Conséquence concrète et importante pour vous : tant que le bail n'est pas résilié, le loyer et les charges continuent de courir, et le locataire en reste redevable. C'est ce qui vous permettra ensuite de réclamer les sommes dues.
Attention toutefois : remettre les clés peut, selon les circonstances, être interprété par un juge comme une volonté de restituer le logement. Cela ne vous autorise pas pour autant à reprendre les lieux sans formalité. La prudence reste de faire constater la situation et, si nécessaire, d'utiliser la procédure d'abandon décrite ci-dessous.
Bon à savoir
Documenter la situation et mandater un commissaire de justice
Avant toute chose, faites appel à un commissaire de justice (la nouvelle profession qui regroupe les anciens huissiers de justice). Vous pouvez d'abord lui demander un constat de l'état apparent du logement et des indices d'abandon : compteurs, courrier accumulé, absence ou présence de meubles, état général. Ce constat n'est pas, à lui seul, l'acte qui déclenche la procédure d'abandon, mais il a une vraie valeur probante et constitue un socle utile pour la suite et pour un éventuel litige.
Ce document vous protège doublement. D'une part, il fixe une date et un état des lieux fiable, utile pour la restitution du dépôt de garantie et un éventuel litige sur des dégradations. D'autre part, il prépare le terrain de la procédure d'abandon de l'article 14-1 de la loi de 1989, qui est la voie spécifique et plus rapide qu'une expulsion classique pour récupérer un logement réellement abandonné. Juridiquement, c'est la mise en demeure de justifier l'occupation, délivrée par le commissaire de justice, qui ouvre cette procédure.
Vous pouvez aussi, en parallèle, prévenir l'assureur (assurance propriétaire non occupant), couper les éventuels risques (fuite d'eau visible, par exemple, via le syndic), et rassembler vos pièces : bail, état des lieux d'entrée, quittances, coordonnées de la caution.
Vocabulaire
La procédure d'abandon de logement (article 14-1 de la loi de 1989)
Quand des éléments laissent penser que le logement est abandonné, la loi prévoit une procédure spécifique, plus rapide qu'une expulsion classique, encadrée par l'article 14-1 de la loi du 6 juillet 1989 (modifié par la loi du 27 juillet 2023) et par les articles L. 142-1 et L. 142-2 du Code des procédures civiles d'exécution.
Elle se déroule en trois temps. D'abord, vous faites délivrer par commissaire de justice une mise en demeure au locataire de justifier qu'il occupe toujours le logement (cette mise en demeure peut être contenue dans un commandement de payer). Ensuite, si un mois après la signification le locataire n'a pas déféré à cette mise en demeure, le commissaire de justice peut procéder à la constatation de l'état d'abandon ; il dresse un procès-verbal et, si le logement lui semble abandonné, y joint un inventaire des biens laissés sur place en indiquant s'ils paraissent ou non avoir une valeur marchande. Enfin, vous saisissez par requête le juge des contentieux de la protection du tribunal du lieu du logement : s'il constate l'abandon, il constate la résiliation du bail, ordonne la reprise des lieux, peut statuer sur les loyers et charges impayés et sur le sort des meubles.
Le juge statue par ordonnance. Cette ordonnance doit être signifiée au locataire dans un délai de 2 mois (faute de quoi elle n'est plus valable), et le locataire dispose d'un délai d'1 mois à compter de la signification pour former opposition (contester l'ordonnance). Sans opposition dans ce délai, l'ordonnance produit ses effets et vous pouvez récupérer le logement selon la procédure de reprise simplifiée prévue par la loi.
Délais clés de la procédure d'abandon
Récupérer les loyers, le dépôt de garantie et le sort des meubles
Une fois le bail résilié par le juge, vous pouvez agir sur le plan financier. Le juge peut, dans la même décision, statuer sur les loyers et charges restés impayés. Si un garant s'est porté caution, vous pourrez faire jouer la caution pour les sommes dues, dans la limite de son engagement. Conservez précieusement toutes les preuves : bail, décompte locatif détaillé, quittances impayées, constat.
Côté dépôt de garantie, les règles de l'article 22 de la loi de 1989 s'appliquent. Le dépôt doit en principe être restitué dans un délai d'1 mois si l'état des lieux de sortie est conforme à celui d'entrée, et de 2 mois lorsque des différences justifient des retenues. Le point de départ est la remise des clés. En cas de retard, le dépôt restant dû est majoré d'une somme égale à 10 % du loyer mensuel en principal pour chaque période mensuelle commencée en retard. Dans une situation d'abandon, vous pouvez déduire du dépôt les sommes justifiées (loyers, réparations imputables), mais vous devez tout documenter par un décompte précis.
Sur les meubles laissés : vous ne pouvez pas les jeter de votre propre chef. C'est le juge qui, au vu de l'inventaire, autorise le cas échéant la vente aux enchères des biens ayant une valeur marchande et déclare abandonnés les autres, le locataire disposant en principe d'un délai pour les retirer. Là encore, le commissaire de justice encadre l'opération. Distinguez toujours la vétusté et l'usure normale (à votre charge) des dégradations imputables au locataire (qui peuvent justifier une retenue), pour éviter un litige sur le décompte.
Ce que vous pouvez récupérer
Et la trêve hivernale ?
La trêve hivernale s'étend chaque année du 1er novembre au 31 mars : pendant cette période, les expulsions avec le concours de la force publique sont en principe suspendues. Mais la procédure d'abandon n'est pas une expulsion d'un occupant présent : il s'agit de constater qu'un logement est vide et d'en reprendre possession après résiliation du bail par le juge.
En pratique, vous pouvez donc engager et faire avancer la procédure d'abandon même pendant la trêve hivernale, puisqu'il n'y a personne à expulser. Cela reste un point technique : si un doute existe sur la présence effective d'un occupant, parlez-en au commissaire de justice avant d'agir, car la situation juridique change totalement si le logement n'est en réalité pas abandonné.
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Questions fréquentes
Mon locataire a laissé les clés dans la boîte aux lettres : puis-je relouer tout de suite ?+
Non, pas immédiatement. La remise des clés peut témoigner d'une volonté de partir, mais elle ne résilie pas automatiquement le bail et ne vous autorise pas à reprendre les lieux sans formalité. Le plus sûr est de faire constater la situation par un commissaire de justice et, selon le cas, d'utiliser la procédure d'abandon pour sécuriser la résiliation du bail avant de relouer. Cela vous évite qu'un litige sur le dépôt de garantie ou les loyers ne ressurgisse plus tard.
Le logement est manifestement vide : pourquoi ne puis-je pas simplement changer la serrure ?+
Parce que tant que le bail n'est pas résilié, le locataire conserve juridiquement la jouissance des lieux. Reprendre le logement vous-même est une voie de fait : vous risquez des dommages et intérêts envers le locataire et des poursuites pénales pour violation de domicile (3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende depuis la loi du 27 juillet 2023, article 226-4 du Code pénal). La procédure d'abandon existe précisément pour récupérer le bien légalement et plus rapidement qu'une expulsion.
Est-ce que je perds mes loyers si le locataire est parti sans donner congé ?+
Non. Un départ sans congé écrit régulier ne met pas fin au bail : le loyer et les charges continuent de courir et restent dus par le locataire. Vous pourrez réclamer ces sommes devant le juge des contentieux de la protection au moment de la résiliation, et les faire jouer contre la caution si un garant s'est engagé. Conservez un décompte locatif précis et toutes les quittances impayées.
Combien de temps dure la procédure d'abandon de logement ?+
Comptez plusieurs semaines à quelques mois. Après la mise en demeure, il faut attendre 1 mois avant de pouvoir constater l'abandon. Vient ensuite la saisine du juge, puis l'ordonnance, qui doit être signifiée dans les 2 mois et qui ouvre un délai d'opposition d'1 mois au locataire. La durée totale dépend des délais de prise de rendez-vous du commissaire de justice et de traitement par le tribunal.
Qui est le commissaire de justice et pourquoi est-il indispensable ?+
Le commissaire de justice est la profession qui a regroupé les anciens huissiers de justice. C'est lui qui peut dresser un constat, délivre la mise en demeure, constate légalement l'état d'abandon après le délai d'un mois et inventorie les meubles. Sans lui, vous ne disposez d'aucun acte opposable et vous ne pouvez pas enclencher la procédure d'abandon de l'article 14-1. C'est l'interlocuteur central de toute cette démarche.
Que faire des meubles laissés par le locataire ?+
Vous ne pouvez pas les jeter ni les conserver de votre propre initiative. Le commissaire de justice les inventorie en indiquant s'ils paraissent avoir une valeur marchande. C'est ensuite le juge qui décide : il peut autoriser la vente aux enchères des biens de valeur (dont le produit couvre vos créances) et déclarer abandonnés les biens sans valeur, le locataire disposant en principe d'un délai pour les retirer. Agir seul sur les meubles vous exposerait à un litige.
La trêve hivernale m'empêche-t-elle de récupérer le logement ?+
La trêve hivernale (1er novembre au 31 mars) suspend les expulsions d'occupants avec le concours de la force publique. Mais la procédure d'abandon vise un logement vide, sans occupant à expulser : vous pouvez donc l'engager et la poursuivre pendant cette période. En cas de doute sur la présence réelle d'un occupant, vérifiez avec votre commissaire de justice avant d'agir.
Comment se passe la restitution du dépôt de garantie dans ce cas ?+
Les règles de l'article 22 de la loi de 1989 s'appliquent : restitution dans 1 mois si l'état des lieux de sortie est conforme à l'entrée, 2 mois en cas de différences justifiant des retenues, à compter de la remise des clés. Vous pouvez déduire les sommes justifiées (loyers impayés, réparations imputables) via un décompte détaillé. En cas de retard de restitution, le dépôt restant dû est majoré de 10 % du loyer mensuel en principal pour chaque période mensuelle commencée en retard.
Faut-il obligatoirement un avocat ?+
Ce n'est pas toujours obligatoire devant le juge des contentieux de la protection, mais la procédure d'abandon est technique et chaque erreur peut coûter cher (voie de fait, dossier rejeté). Un commissaire de justice est indispensable pour les actes ; un avocat ou une consultation auprès de l'ADIL (agence départementale d'information sur le logement) est vivement recommandé. Cette page est informative et ne remplace pas l'avis d'un professionnel du droit (avocat, commissaire de justice).
Sources officielles
- Service-public.fr — Que faire quand le locataire abandonne le logement (départ à la cloche de bois) ?
- Article 14-1 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 (procédure d'abandon, version en vigueur depuis le 29 juillet 2023)
- Article 22 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 (dépôt de garantie)
- Article 226-4 du Code pénal (violation de domicile, peines aggravées par la loi du 27 juillet 2023)
- Loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023 (Kasbarian) — Lettre de la DAJ, economie.gouv.fr
- ANIL — Constat d'abandon et reprise d'un logement loué
Étape suivante
Abandon de logement : récupérer votre bien avec la procédure de l'article 14-1
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Information générale, pas un conseil juridique personnalisé. Ce contenu s'appuie sur des sources officielles à jour, mais chaque situation est particulière. Pour un litige complexe ou des montants élevés, faites-vous accompagner par un avocat ou un commissaire de justice.