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Sous-location illégale (dont Airbnb) : que faire en tant que propriétaire ?

Mis à jour le 5 juin 2026 · Rédigé par La rédaction de Serenibail · 9 min de lecture · Sources officielles citées

La sous-location sans votre accord écrit est interdite par la loi du 6 juillet 1989. Que votre locataire héberge un colocataire en douce ou loue le logement sur Airbnb, vous disposez de leviers concrets : réunir les preuves, mettre en demeure, demander au juge la résiliation du bail et, point souvent ignoré, récupérer les sous-loyers perçus. Voici la marche à suivre, à jour des décisions 2026, étape par étape et sans jargon inutile.

L'essentiel

  • Toute sous-location nécessite l'accord écrit du bailleur, y compris sur le prix (article 8 de la loi du 6 juillet 1989). Sans cet accord, elle est illégale.
  • Le loyer de sous-location ne peut jamais dépasser, au mètre carré de surface habitable, celui que paie le locataire principal.
  • Les sous-loyers perçus sans autorisation (Airbnb inclus) sont des 'fruits civils' qui reviennent au bailleur par accession : vous pouvez en exiger le remboursement (Cass. 3e civ., 12 sept. 2019).
  • Par deux arrêts du 7 janvier 2026, la Cour de cassation a refusé à Airbnb le statut d'hébergeur passif au vu de son rôle actif : la responsabilité de la plateforme peut désormais être recherchée aux côtés du locataire.
  • L'action en remboursement des sous-loyers se prescrit par 5 ans (article 2224 du Code civil) : agissez sans trop attendre.
  • Une preuve solide (constat de commissaire de justice) est indispensable avant d'engager la résiliation du bail.

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Les étapes, dans l'ordre

  1. 1

    Rassembler les preuves

    Quelques jours à 2 semaines

    Capturez les annonces en ligne (Airbnb, Booking), calendriers, avis et prix. Notez les témoignages de voisins et tout indice d'occupation par des tiers. Conservez tout, daté.

  2. 2

    Faire établir un constat de commissaire de justice

    1 à 3 semaines

    Mandatez un commissaire de justice pour constater l'annonce sur internet et, si nécessaire et sur autorisation du juge, l'occupation des lieux. C'est votre preuve la plus solide.

  3. 3

    Envoyer une mise en demeure

    Effet attendu sous 8 à 15 jours

    Adressez une lettre recommandée avec accusé de réception rappelant l'interdiction (article 8 loi 1989), exposant les faits et exigeant l'arrêt immédiat de la sous-location. Conservez l'AR.

  4. 4

    Délivrer un commandement (si clause résolutoire)

    Selon les termes de la clause

    Si le bail contient une clause résolutoire et que le locataire ne régularise pas, le commissaire de justice délivre un commandement de respecter les obligations du bail.

  5. 5

    Assigner devant le juge

    Audience généralement sous plusieurs mois

    Saisissez le juge des contentieux de la protection pour faire constater la résiliation (clause résolutoire) ou prononcer la résiliation judiciaire, et demandez le remboursement des sous-loyers.

  6. 6

    Réclamer les sous-loyers (et viser la plateforme)

    Action possible dans la limite de 5 ans

    Demandez la restitution des fruits civils. Depuis les arrêts du 7 janvier 2026, vous pouvez aussi tenter d'engager la responsabilité d'Airbnb pour les sous-loyers et ses commissions, la plateforme n'étant plus protégée par le statut d'hébergeur passif.

Ce que dit la loi sur la sous-location

L'article 8 de la loi du 6 juillet 1989 est sans ambiguïté : le locataire ne peut ni céder son contrat de location, ni sous-louer le logement, sauf avec l'accord écrit du bailleur, y compris sur le prix du loyer. Autrement dit, deux conditions cumulatives : un accord écrit (un silence ou un accord oral ne suffit pas) et un accord qui porte aussi sur le montant du sous-loyer.

La même règle s'applique au logement vide comme au logement meublé. La loi pose en outre un plafond strict : le montant du loyer de sous-location ne peut excéder, au mètre carré de surface habitable, celui payé par le locataire principal. Une sous-location ne doit donc jamais devenir une source de profit pour votre locataire.

En l'absence de votre accord écrit, la sous-location est purement et simplement illégale, qu'il s'agisse d'une sous-location longue durée à un tiers ou de locations de courte durée répétées via une plateforme comme Airbnb, Booking ou Abritel. La location touristique non autorisée constitue bien une sous-location au sens de la loi.

Vérifiez votre bail

Un bail conforme reprend l'interdiction de sous-louer et contient une clause résolutoire visant les manquements du locataire. Cette clause facilite grandement la résiliation : relisez votre contrat avant d'agir.

Comment réunir des preuves solides

Avant toute démarche, vous devez prouver la sous-location. Une simple suspicion ne suffira jamais devant un juge. Plusieurs éléments peuvent être réunis et, surtout, combinés.

Les annonces en ligne sont une preuve précieuse : capture d'écran de l'annonce Airbnb avec photos du logement, calendrier de réservation, avis de voyageurs, prix pratiqués. Pour leur donner une vraie force probante, faites-les constater par un commissaire de justice (ancien huissier) : un constat sur internet est juridiquement très difficile à contester. C'est l'élément le plus solide de votre dossier.

D'autres indices renforcent l'ensemble : témoignages écrits de voisins ou du gardien constatant des allées et venues de personnes différentes, badges ou clés remis à des inconnus, passage répété de valises, plaintes du voisinage, courriers retournés au nom d'un tiers, ou encore consommations anormales. En cas de doute sérieux, le commissaire de justice peut, sur autorisation du juge, se rendre sur place pour constater l'occupation par un tiers.

Pas d'intrusion ni de fausse réservation

Ne pénétrez jamais dans le logement sans autorisation et n'utilisez pas de stratagème déloyal (fausse réservation au nom d'un proche, par exemple) : une preuve obtenue de façon illicite peut être écartée. Passez par un commissaire de justice.

Mise en demeure : la première étape officielle

Une fois les preuves réunies, adressez à votre locataire une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception. Ce courrier rappelle l'interdiction de sous-louer (article 8 de la loi de 1989 et clause du bail), expose les faits constatés, et somme le locataire de cesser immédiatement la sous-location.

La mise en demeure poursuit deux objectifs. D'abord, dater officiellement le manquement et tenter une résolution amiable. Ensuite, constituer une preuve de votre diligence si le dossier va au contentieux. Vous pouvez y annoncer votre intention de demander la résiliation du bail et le remboursement des sous-loyers perçus.

Conservez précieusement une copie du courrier et l'accusé de réception. Si le locataire ne répond pas ou poursuit la sous-location, vous passez à la phase de résiliation.

Restez factuel

Ne menacez pas, ne portez pas d'accusation excessive : exposez les faits, les textes et vos demandes. Un courrier mesuré pèse davantage devant un juge.

Résilier le bail : deux voies possibles

La sous-location non autorisée est un manquement grave aux obligations du locataire, mais la résiliation du bail n'est jamais automatique : elle passe par le juge.

Si votre bail comporte une clause résolutoire visant le non-respect des obligations contractuelles, votre commissaire de justice peut délivrer un commandement de respecter les obligations du bail. À défaut de régularisation, vous saisissez le juge des contentieux de la protection, qui constate l'acquisition de la clause et prononce la résiliation puis, le cas échéant, l'expulsion.

Si le bail ne contient pas de clause résolutoire utilisable, vous engagez une action en résiliation judiciaire. Le juge apprécie alors souverainement si le manquement est suffisamment grave pour justifier la rupture du contrat. Une sous-location Airbnb répétée et lucrative est généralement jugée suffisamment grave.

Dans les deux cas, l'assistance d'un avocat est vivement recommandée, et le recours au commissaire de justice est nécessaire pour les actes de procédure (commandement, assignation, exécution).

Comptez plusieurs mois

Entre la mise en demeure, l'assignation, l'audience et le jugement, prévoyez généralement plusieurs mois. Si une expulsion s'ensuit, le commandement de quitter les lieux ouvre un délai de 2 mois et la trêve hivernale (1er nov.–31 mars) s'applique.

Récupérer les sous-loyers : un droit méconnu

C'est l'aspect le plus intéressant pour le propriétaire. Les sommes que votre locataire a encaissées en sous-louant sans votre accord ne lui appartiennent pas : ce sont des 'fruits civils' du bien, qui reviennent au bailleur par accession. La Cour de cassation l'a confirmé dans un arrêt du 12 septembre 2019 (3e chambre civile), sur le fondement des articles 546 et 547 du Code civil : le bailleur peut obtenir le remboursement des revenus tirés d'une sous-location Airbnb non autorisée.

Concrètement, vous pouvez réclamer les sommes perçues sur la période de sous-location illicite, et non votre seul préjudice. Selon les décisions, le locataire peut tenter de déduire les loyers qu'il vous a réglés sur la même période : cette question reste discutée, d'où l'intérêt d'un dossier chiffré et d'un avocat. Cette action en restitution découle de votre droit de propriété et se prescrit par 5 ans (et non par la prescription triennale du bail).

Nouveauté importante : par deux arrêts du 7 janvier 2026 (Chambre commerciale, pourvois n° 23-22.723 et 24-13.163), la Cour de cassation a refusé à Airbnb le statut d'hébergeur passif au sens de la loi pour la confiance dans l'économie numérique, en raison de son rôle actif (règles imposées aux annonces, contrôle, mise en avant via le label 'Superhost'). Les affaires ont été renvoyées devant les cours d'appel, mais la voie est désormais ouverte : la responsabilité de la plateforme peut être recherchée aux côtés du locataire pour la restitution des sous-loyers et le remboursement de ses commissions. C'est un recours potentiellement précieux lorsque le locataire est insolvable.

Chiffrez tôt

Demandez au juge, voire à la plateforme, le détail des réservations et des sommes encaissées. Plus votre demande de remboursement est documentée, plus elle a de chances d'aboutir.

Les délais à ne pas dépasser

L'action en remboursement des sous-loyers se prescrit par 5 ans à compter du jour où vous avez connu (ou auriez dû connaître) les faits, en application de l'article 2224 du Code civil. Vous ne pouvez donc remonter au-delà de cinq ans en arrière : ne laissez pas la situation s'éterniser.

Plus vous agissez vite, plus votre dossier est complet (les annonces et avis restent visibles, les voyageurs récents témoignent, les voisins se souviennent). Un constat de commissaire de justice réalisé tôt fige la preuve durablement.

Enfin, gardez à l'esprit que ce guide ne remplace pas l'avis d'un avocat ni l'intervention d'un commissaire de justice. La sous-location illicite mêle droit du bail, droit civil et parfois réglementation des meublés de tourisme : un professionnel sécurisera votre stratégie et le chiffrage de vos demandes.

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Questions fréquentes

La sous-location est-elle toujours interdite ?+

Non. Elle est légale si le bailleur a donné son accord écrit, portant à la fois sur le principe de la sous-location et sur le prix. Le loyer de sous-location ne doit jamais dépasser, au mètre carré de surface habitable, celui payé par le locataire principal. Sans accord écrit, elle est illégale, que ce soit pour une location longue durée ou des locations Airbnb de courte durée.

Une location Airbnb par mon locataire est-elle une sous-location illégale ?+

Oui, si vous n'avez pas donné votre accord écrit. La location de courte durée à des touristes, même quelques nuits, constitue une sous-location au sens de la loi du 6 juillet 1989. Sans votre autorisation, elle est illégale et ouvre droit à résiliation du bail (par le juge) et au remboursement des sous-loyers.

Puis-je vraiment récupérer l'argent gagné par mon locataire sur Airbnb ?+

Oui. Depuis l'arrêt de la Cour de cassation du 12 septembre 2019, les sous-loyers perçus sans autorisation sont des fruits civils qui reviennent au bailleur par accession (articles 546 et 547 du Code civil). Vous pouvez en réclamer le remboursement. Un dossier chiffré et l'aide d'un avocat sont recommandés.

Airbnb peut-il être condamné à me rembourser ?+

C'est désormais envisageable. Par deux arrêts du 7 janvier 2026 (Chambre commerciale, pourvois n° 23-22.723 et 24-13.163), la Cour de cassation a refusé à Airbnb le statut d'hébergeur passif, en raison de son rôle actif. Les dossiers ont été renvoyés devant les cours d'appel, mais la responsabilité de la plateforme peut désormais être recherchée aux côtés du locataire, pour les sous-loyers et ses commissions, ce qui est utile si le locataire est insolvable.

Comment prouver la sous-location si je n'ai pas accès au logement ?+

Les annonces en ligne (Airbnb, Booking) constatées par un commissaire de justice sont une preuve très solide, sans avoir à entrer dans le logement. Ajoutez témoignages de voisins, photos publiques du bien dans l'annonce, avis de voyageurs. En cas de doute sérieux, le juge peut autoriser un constat sur place.

La résiliation du bail est-elle automatique ?+

Non. Même avec une clause résolutoire, un juge doit constater le manquement et prononcer la résiliation. Sans clause résolutoire, vous engagez une résiliation judiciaire et le juge apprécie la gravité du manquement. Une sous-location Airbnb lucrative et répétée est généralement jugée suffisamment grave.

Quel est le délai pour réclamer les sous-loyers ?+

L'action se prescrit par 5 ans à compter du moment où vous avez eu connaissance des faits (article 2224 du Code civil). Comme elle découle de votre droit de propriété et non du bail, elle n'est pas soumise à la prescription triennale. Vous ne pouvez pas remonter au-delà de cinq ans : mieux vaut agir rapidement.

Le sous-locataire a-t-il des droits contre moi ?+

Non. En cas de sous-location, le sous-locataire ne peut se prévaloir d'aucun titre d'occupation ni d'aucun droit envers le bailleur (article 8 de la loi de 1989). À la fin du bail principal, il doit quitter les lieux. Vous n'avez pas de lien contractuel avec lui.

Ai-je besoin d'un avocat ou d'un commissaire de justice ?+

Le commissaire de justice est nécessaire pour le constat de preuve et les actes de procédure (commandement, assignation, expulsion). L'avocat est vivement recommandé pour bâtir le dossier, chiffrer les sous-loyers et plaider. Ce guide ne remplace pas leurs conseils.

Sources officielles

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Information générale, pas un conseil juridique personnalisé. Ce contenu s'appuie sur des sources officielles à jour, mais chaque situation est particulière. Pour un litige complexe ou des montants élevés, faites-vous accompagner par un avocat ou un commissaire de justice.