Le congé pour vente : préavis, droit de préemption du locataire et notice obligatoire
Mis à jour le 5 juin 2026 · Rédigé par La rédaction de Serenibail · 12 min de lecture · Sources officielles citées
Vous voulez vendre votre logement loué vide et récupérer le bien libre d'occupation ? C'est possible, mais le congé pour vente obéit à des règles strictes : un préavis de 6 mois, une offre de vente prioritaire pour votre locataire (le droit de préemption) et une notice d'information obligatoire dont l'absence rend le congé nul. Voici, étape par étape et avec les délais exacts à jour en 2026, comment délivrer un congé pour vente solide qui ne se retournera pas contre vous.
L'essentiel
- →Le congé pour vente ne se donne qu'à l'échéance du bail (location vide), reçu par le locataire au plus tard 6 mois avant cette date.
- →Le congé vaut offre de vente : votre locataire a un droit de préemption pendant les 2 premiers mois du préavis, au prix et conditions que vous indiquez.
- →La lettre doit reproduire les 5 premiers alinéas de l'article 15-II de la loi de 1989 ET être accompagnée de la notice d'information de l'arrêté du 13 décembre 2017, sous peine de nullité.
- →Délivrance valable : commissaire de justice, lettre recommandée avec accusé de réception ou remise en main propre contre récépissé (la lettre recommandée électronique n'est possible que si le locataire l'a acceptée au préalable). Un simple e-mail ne vaut rien.
- →Locataire de plus de 65 ans aux ressources modestes : vous devez proposer un relogement, sauf si vous êtes vous-même âgé ou modeste.
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Les étapes, dans l'ordre
- 1
Vérifiez que vous êtes dans les délais
Au moins 6 mois avant l'échéance du bail
Repérez la date d'échéance de votre bail (date anniversaire des 3 ans en location vide). Le congé doit être REÇU par le locataire au plus tard 6 mois avant cette date. Si le terme du bail intervient moins de 3 ans après l'achat du bien loué, vous ne pouvez donner congé pour vente qu'à l'échéance du premier renouvellement ou de la première reconduction, pas dès la première échéance.
- 2
Vérifiez la situation du locataire
Avant la rédaction du congé
Contrôlez l'âge et les ressources du locataire (et des personnes à charge). S'il a plus de 65 ans et des ressources sous le plafond fixé par décret, vous devrez lui proposer un relogement adapté, sauf si vous êtes vous-même âgé de plus de 65 ans ou modeste. En cas de doute, contactez l'ADIL de votre département.
- 3
Fixez un prix de vente sincère
Avant la rédaction du congé
Déterminez le prix et les conditions de vente que vous proposerez. Ce prix vaudra offre au locataire (droit de préemption). Un prix surévalué peut faire annuler le congé pour fraude. Restez cohérent avec le marché.
- 4
Rédigez le congé avec toutes les mentions obligatoires
Le jour de l'envoi
La lettre doit indiquer : le motif (vendre), le prix et les conditions de la vente, la désignation du logement, et reproduire les 5 premiers alinéas de l'article 15-II de la loi du 6 juillet 1989. Joignez impérativement la notice d'information de l'arrêté du 13 décembre 2017, sous peine de nullité.
- 5
Délivrez le congé dans les formes
Au plus tard 6 mois avant l'échéance
Faites délivrer le congé par acte de commissaire de justice (le plus sûr), par lettre recommandée avec accusé de réception, ou par remise en main propre contre récépissé. Adressez-le à TOUS les titulaires du bail (cotitulaires, conjoint, partenaire de PACS).
- 6
Laissez courir le droit de préemption
2 premiers mois du préavis
Pendant les 2 premiers mois du préavis, le locataire peut accepter d'acheter aux conditions indiquées. S'il accepte, il a 2 mois pour signer (4 mois s'il recourt à un prêt). Sans réponse dans les 2 premiers mois, son droit de préemption s'éteint.
- 7
Gérez la suite selon la réponse du locataire
Fin du préavis (6 mois)
Si le locataire achète : finalisez la vente avec lui. S'il ne préempte pas : il quitte le logement à la fin du préavis et vous vendez librement. Si vous vendez ensuite à un tiers à des conditions plus avantageuses, le notaire doit notifier une seconde offre au locataire (valable 1 mois), à peine de nullité.
- 8
En cas de refus de partir, saisissez le juge
Après la fin du préavis
Si le congé est valable mais que le locataire se maintient, saisissez le juge des contentieux de la protection pour faire valider le congé et obtenir l'expulsion. La trêve hivernale (1er nov.–31 mars) suspend les expulsions. Ne procédez jamais à une expulsion vous-même.
Qu'est-ce que le congé pour vente, et quand pouvez-vous le donner ?
Le congé pour vente est l'acte par lequel vous, propriétaire bailleur, informez votre locataire que vous ne renouvelez pas son bail parce que vous souhaitez vendre le logement libre de toute occupation. Il est encadré par l'article 15 de la loi du 6 juillet 1989. Attention à ne pas confondre : vous avez parfaitement le droit de vendre votre bien occupé, à tout moment, sans donner congé. Dans ce cas, le bail continue avec le nouveau propriétaire et le locataire reste en place. Le congé pour vente, lui, sert uniquement à vendre le logement vide.
Première règle, et elle est sans exception en location vide : le congé pour vente ne peut être donné que pour l'échéance du bail (la date anniversaire des 3 ans, ou de la durée prévue au contrat). Vous ne pouvez pas mettre fin au bail en cours de route. Le congé doit parvenir au locataire au plus tard 6 mois avant cette échéance. S'il arrive ne serait-ce qu'un jour trop tard, il ne produit aucun effet : le bail se reconduit automatiquement pour 3 ans et vous devrez attendre l'échéance suivante.
Si vous avez acheté le logement alors qu'il était déjà loué, une règle supplémentaire s'applique. Lorsque le terme du bail en cours intervient moins de 3 ans après votre acquisition, vous ne pouvez donner congé pour vente que pour la fin du premier renouvellement ou de la première reconduction du bail. Concrètement, vous ne pouvez pas récupérer le logement vide dès la première échéance : il faut patienter un cycle de plus. Pour un logement meublé, le préavis n'est pas de 6 mois mais de 3 mois, et le locataire n'a pas de droit de préemption.
Le piège du préavis raté
Le droit de préemption : votre locataire est prioritaire pour acheter
C'est la spécificité du congé pour vente : il vaut automatiquement offre de vente au profit du locataire. Autrement dit, en lui annonçant votre intention de vendre, vous lui proposez d'acheter en priorité, au prix et aux conditions que vous fixez. C'est ce qu'on appelle le droit de préemption du locataire (article 15-II de la loi de 1989).
Cette offre est valable pendant les 2 premiers mois du préavis. Pendant ce délai, votre locataire peut accepter d'acheter aux conditions indiquées. S'il accepte, il dispose de 2 mois à compter de l'envoi de sa réponse pour signer l'acte de vente. Ce délai passe à 4 mois s'il précise, dans son acceptation, qu'il finance l'achat par un prêt immobilier. Passés ces 2 mois (ou 4 mois), s'il n'a pas conclu, son acceptation est caduque et il devra quitter le logement à la fin du préavis.
Si le locataire laisse passer les 2 premiers mois sans répondre, son droit de préemption s'éteint et vous êtes libre de vendre à qui vous voulez. Mais attention à un second tour de préemption : si, après le départ du locataire, vous décidez finalement de vendre à un tiers à un prix ou à des conditions plus avantageux que ceux annoncés dans le congé, le notaire doit notifier cette nouvelle offre au locataire, à peine de nullité de la vente. Cette seconde offre est valable 1 mois. C'est une protection contre les congés à prix gonflé suivis d'une revente discrète moins chère.
Fixez un prix sincère
La notice d'information obligatoire : l'erreur qui annule tout
C'est la cause numéro un d'annulation des congés pour vente délivrés par des particuliers. Depuis l'arrêté du 13 décembre 2017, toute lettre de congé pour vente doit obligatoirement être accompagnée d'une notice d'information relative aux obligations du bailleur et aux voies de recours et d'indemnisation du locataire. Si cette notice est absente, le congé est nul, point final : peu importe que tout le reste soit parfait.
Cette notice n'est pas un texte que vous rédigez vous-même. C'est un document officiel dont le contenu est fixé par l'arrêté. Vous devez le joindre tel quel à votre courrier. Vous le trouvez sur Légifrance (annexe de l'arrêté du 13 décembre 2017) et sur les sites publics d'information sur le logement.
Au-delà de la notice, la lettre de congé elle-même doit comporter, sous peine de nullité, des mentions précises : le motif (vendre), le prix et les conditions de la vente projetée, la désignation du logement, et la reproduction des 5 premiers alinéas de l'article 15-II de la loi du 6 juillet 1989 (qui décrivent au locataire son droit de préemption et les délais).
Trois oublis qui rendent le congé nul
La bonne forme de délivrance : ne vous trompez pas de canal
Le congé pour vente doit être délivré par l'un des moyens admis par la loi, et uniquement ceux-là : par acte de commissaire de justice (l'ancien huissier de justice), par lettre recommandée avec accusé de réception, ou par remise en main propre contre récépissé ou émargement. La lettre recommandée électronique n'est possible que si le locataire a accepté au préalable ce mode d'envoi. À l'inverse, un SMS, un e-mail simple ou un courrier ordinaire n'ont aucune valeur juridique.
Le mode le plus sûr, surtout en cas de relation tendue avec le locataire, est l'acte de commissaire de justice. Son coût (généralement de l'ordre de quelques dizaines à une centaine d'euros) est vite rentabilisé : il garantit une date certaine de réception et écarte le risque d'un courrier recommandé jamais retiré, qui peut fragiliser le point de départ du préavis.
Le congé doit être adressé à tous les titulaires du bail. Si deux personnes ont signé, chacune doit recevoir son congé. De même, si le locataire est marié ou pacsé et que son conjoint ou partenaire est cotitulaire du bail (de droit pour les époux, ou à leur demande pour les partenaires de PACS), le congé doit aussi lui être délivré, même s'il n'a pas signé le contrat initial. Un seul destinataire oublié, et le congé peut être contesté.
Gardez tout
Le cas particulier du locataire âgé ou modeste
La loi protège certains locataires fragiles. Vous ne pouvez pas, en principe, donner congé pour vente (ni pour reprise) à un locataire âgé de plus de 65 ans dont les ressources annuelles sont inférieures à un plafond fixé par décret (le plafond de ressources retenu pour l'attribution des logements locatifs conventionnés), sans lui proposer une solution de relogement correspondant à ses besoins et à ses possibilités, située à proximité. Les ressources prises en compte sont celles perçues par le locataire au cours des 12 mois précédant la délivrance du congé. Cette protection vise aussi le locataire qui a à sa charge une personne de plus de 65 ans vivant avec lui et remplissant la condition de ressources.
Cette protection n'est toutefois pas absolue. Elle ne s'applique pas si vous, bailleur, êtes vous-même âgé de plus de 65 ans, ou si vos ressources sont elles aussi modestes (sous le même plafond). En clair, le législateur ne fait pas peser cette obligation de relogement sur un propriétaire dans la même situation de fragilité que son locataire.
Le relogement n'a pas besoin d'être proposé dès la remise du congé : il peut l'être pendant toute la durée du préavis, jusqu'à son dernier jour. Mais sans offre de relogement valable, le congé est inopposable au locataire protégé, qui peut se maintenir dans les lieux.
Vérifiez l'âge et les ressources avant d'agir
Ce que le congé pour vente n'est pas (et ce qu'il ne remplace pas)
Le congé pour vente est un outil de fin de bail, pas une procédure d'expulsion. Si votre locataire respecte le préavis, il quitte le logement à l'échéance et tout se passe bien. S'il refuse de partir alors que le congé est valable, vous ne pouvez pas le mettre dehors vous-même : il faut saisir le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire pour faire valider le congé et, le cas échéant, obtenir l'expulsion. Et même là, la trêve hivernale (du 1er novembre au 31 mars) suspend les expulsions.
Le congé pour vente n'a rien à voir avec un congé pour impayés de loyer. Si votre problème est une dette de loyer, ce n'est pas ce congé qu'il faut utiliser : la voie est celle du commandement de payer et de la clause résolutoire, qui obéissent à des règles totalement différentes (notamment depuis la loi Kasbarian-Bergé du 27 juillet 2023).
Enfin, cette fiche vous donne le cadre général et les délais à jour, mais chaque situation a ses subtilités (copropriété, indivision, bail mixte, locataire en place de longue date). Elle ne remplace pas l'avis d'un professionnel. Pour sécuriser un congé pour vente, le réflexe le plus sûr reste de le faire délivrer par un commissaire de justice et, en cas de doute, de consulter gratuitement votre ADIL ou un avocat.
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Questions fréquentes
Puis-je donner congé pour vente à tout moment du bail ?+
Non. En location vide, le congé pour vente ne peut être donné que pour l'échéance du bail (la date anniversaire des 3 ans ou de la durée prévue), et il doit être reçu par le locataire au plus tard 6 mois avant cette date. Vous ne pouvez pas interrompre un bail en cours. Si le délai de 6 mois n'est pas respecté, le congé est sans effet et le bail se reconduit automatiquement pour 3 ans.
Qu'est-ce que la notice d'information et que se passe-t-il si je l'oublie ?+
C'est un document officiel, au contenu fixé par l'arrêté du 13 décembre 2017, qui informe le locataire de vos obligations et de ses recours. Vous devez le joindre tel quel à votre lettre de congé. Son absence rend le congé nul, même si tout le reste est correct. C'est la première cause d'annulation chez les bailleurs particuliers. Vous le trouvez en annexe de l'arrêté sur Légifrance.
Mon locataire est prioritaire pour acheter : comment ça marche ?+
Le congé pour vente vaut automatiquement offre de vente au profit du locataire : c'est son droit de préemption. L'offre, au prix et aux conditions que vous indiquez, est valable pendant les 2 premiers mois du préavis. S'il accepte, il a 2 mois pour signer l'acte (4 mois s'il finance par un prêt). S'il ne répond pas dans les 2 mois, son droit s'éteint et vous vendez librement.
Puis-je vendre mon logement sans donner congé ?+
Oui. Vous pouvez vendre votre logement occupé à tout moment, sans donner congé : le bail continue alors avec le nouveau propriétaire et le locataire reste en place jusqu'à la fin de son bail. Le congé pour vente n'est nécessaire que si vous voulez vendre le logement libre, c'est-à-dire récupérer le bien vide à l'échéance du bail.
Par quel moyen dois-je envoyer le congé pour vente ?+
Par l'un des moyens admis uniquement : acte de commissaire de justice (l'ancien huissier), lettre recommandée avec accusé de réception, ou remise en main propre contre récépissé ou émargement. La lettre recommandée électronique n'est possible que si le locataire l'a acceptée au préalable. Un e-mail simple, un SMS ou un courrier ordinaire n'ont aucune valeur. Le commissaire de justice est le plus sûr car il garantit une date certaine de réception.
Que se passe-t-il si mon locataire a plus de 65 ans ?+
Vous ne pouvez pas lui donner congé pour vente sans lui proposer un relogement adapté et proche, s'il a plus de 65 ans et des ressources inférieures au plafond fixé par décret (celui des logements locatifs conventionnés). Les ressources retenues sont celles des 12 mois précédant le congé. Cette protection ne s'applique pas si vous êtes vous-même âgé de plus de 65 ans ou si vos ressources sont également modestes. Le relogement peut être proposé jusqu'au dernier jour du préavis.
À quelle date commence le délai de 6 mois ?+
Le préavis de 6 mois se calcule à partir de la date de réception du congé par le locataire, pas de la date d'envoi. Pour une lettre recommandée, c'est la date de présentation ou de retrait ; pour un acte de commissaire de justice, la date de signification. Envoyez donc votre congé avec une marge confortable, plusieurs semaines avant la date limite des 6 mois.
Le congé pour vente sert-il en cas de loyers impayés ?+
Non. Le congé pour vente ne concerne que la vente du logement. Pour des impayés de loyer, la procédure est différente : commandement de payer par commissaire de justice et mise en jeu de la clause résolutoire, encadrés notamment par la loi Kasbarian-Bergé du 27 juillet 2023. N'utilisez jamais un congé pour vente comme moyen détourné de régler un impayé.
Mon locataire refuse de partir malgré un congé valable : que faire ?+
Vous ne pouvez pas l'expulser vous-même. Si le congé est régulier et que le locataire se maintient dans les lieux après la fin du préavis, vous devez saisir le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire pour faire valider le congé et obtenir l'expulsion. Sachez que la trêve hivernale, du 1er novembre au 31 mars, suspend l'exécution des expulsions.
Sources officielles
- Loi n°89-462 du 6 juillet 1989, article 15 (congé, préavis, notice, droit de préemption)
- Arrêté du 13 décembre 2017 relatif au contenu de la notice d'information jointe au congé (vente ou reprise)
- Service-Public.fr — Préavis et formalités du congé donné par le propriétaire (F929)
- Service-Public.fr — Vendre un logement mis en location : quelles règles ? (F32001)
- Service-Public.fr — Locataire protégé : quelle période prendre en compte pour le calcul des ressources ? (A17916)
- ANIL — Protection des locataires âgés et offre de relogement
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Information générale, pas un conseil juridique personnalisé. Ce contenu s'appuie sur des sources officielles à jour, mais chaque situation est particulière. Pour un litige complexe ou des montants élevés, faites-vous accompagner par un avocat ou un commissaire de justice.