Loi Kasbarian-Bergé : ce qui change concrètement pour les propriétaires bailleurs
Mis à jour le 5 juin 2026 · Rédigé par La rédaction de Serenibail · 10 min de lecture · Sources officielles citées
La loi Kasbarian-Bergé (loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023 « visant à protéger les logements contre l'occupation illicite ») a réformé la procédure d'impayés et durci les sanctions contre l'occupation illicite. Pour un propriétaire bailleur, trois changements comptent vraiment : la clause résolutoire est désormais obligatoire dans tous les baux d'habitation, le délai du commandement de payer est tombé à 6 semaines pour les baux récents, et le squat est plus sévèrement réprimé. Voici un état clair des règles applicables en 2026, et de ce qui change au 1er janvier 2027.
L'essentiel
- →La clause résolutoire (résiliation automatique pour impayés) est obligatoire dans tous les baux d'habitation résidence principale depuis le 29 juillet 2023.
- →Le commandement de payer accorde 6 semaines au locataire (au lieu de 2 mois) pour les baux signés, renouvelés ou reconduits à partir du 29 juillet 2023 ; 2 mois pour les baux antérieurs.
- →Le juge peut refuser ou réduire les délais de grâce en cas de mauvaise foi ou d'entrée par voie de fait ; le commandement de quitter les lieux reste à 2 mois avant expulsion.
- →Squat d'un domicile : 3 ans de prison et 45 000 € d'amende ; occupation frauduleuse d'un autre local : 2 ans et 30 000 € ; locataire qui se maintient après décision d'expulsion : 7 500 € d'amende.
- →Au 1er janvier 2027, un impayé est reconnu dès 450 € de dette (ou 3 mois après un premier défaut de paiement quel que soit le montant), et la CCAPEX devient décisionnaire sur le maintien des aides au logement.
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Les étapes, dans l'ordre
- 1
Vérifier la clause résolutoire dans le bail
Avant tout litige
Assurez-vous que le bail contient une clause résolutoire pour impayé de loyer, de charges ou de dépôt de garantie. Obligatoire depuis le 29 juillet 2023, elle conditionne la résiliation automatique sans avoir à plaider devant le juge.
- 2
Relancer puis mettre en demeure le locataire
Dès le 1er impayé
Dès le premier impayé, envoyez une relance écrite, puis une mise en demeure par lettre recommandée. Informez en parallèle le garant (caution) et, si le locataire perçoit une aide, signalez l'impayé à la CAF/MSA.
- 3
Faire délivrer un commandement de payer
6 semaines (ou 2 mois)
Mandatez un commissaire de justice pour signifier un commandement de payer visant la clause résolutoire. Il ouvre un délai de régularisation : 6 semaines pour les baux à partir du 29 juillet 2023, 2 mois pour les baux antérieurs.
- 4
Saisir le juge si la dette n'est pas réglée
Variable selon le tribunal
À l'expiration du délai sans paiement, la clause résolutoire est acquise. Le commissaire de justice délivre une assignation devant le juge des contentieux de la protection pour faire constater la résiliation et demander l'expulsion. Le bailleur doit aussi avoir signalé l'impayé à la CCAPEX dans les conditions prévues.
- 5
Obtenir le jugement d'expulsion
Selon l'audiencement
À l'audience, le juge constate la résiliation et ordonne l'expulsion. Il peut accorder des délais (de 1 mois à 1 an), sauf mauvaise foi ou entrée par voie de fait où ces délais peuvent être réduits ou supprimés.
- 6
Faire signifier le commandement de quitter les lieux
2 mois
Une fois le jugement exécutoire, le commissaire de justice délivre un commandement de quitter les lieux. Le locataire dispose alors de 2 mois pour partir avant que l'expulsion puisse être mise à exécution.
- 7
Demander le concours de la force publique
Hors trêve hivernale
Si le locataire reste, le commissaire de justice requiert le concours de la force publique auprès du préfet (hors trêve hivernale 1er novembre – 31 mars). En cas de refus, vous pouvez demander une indemnisation de l'État pour le préjudice subi.
De quoi parle-t-on ? La loi du 27 juillet 2023
On l'appelle couramment « loi Kasbarian-Bergé » (du nom du député rapporteur Guillaume Kasbarian et de la sénatrice Aurore Bergé), ou « loi anti-squat ». Son intitulé officiel est la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023 « visant à protéger les logements contre l'occupation illicite », publiée au Journal officiel du 28 juillet 2023 et entrée en vigueur le 29 juillet 2023.
Le texte poursuit deux objectifs : aggraver les sanctions pénales contre les squatteurs, et accélérer le traitement des impayés de loyer en encadrant les délais de la procédure d'expulsion. Pour un bailleur, l'essentiel se joue sur la procédure d'impayés et sur la rédaction du bail.
Attention : la loi n'a pas tout bouleversé. Les grands repères de la loi du 6 juillet 1989 restent en place (préavis, dépôt de garantie, IRL), de même que la trêve hivernale du 1er novembre au 31 mars et le délai de 2 mois du commandement de quitter les lieux avant l'expulsion.
La clause résolutoire devient obligatoire
Avant la loi, la clause résolutoire (qui prévoit la résiliation automatique du bail en cas d'impayés) était fortement recommandée mais pas imposée. Sans elle, le bailleur devait demander au juge de prononcer la résiliation, une procédure plus longue et plus incertaine.
Depuis le 29 juillet 2023, tout contrat de bail d'habitation à usage de résidence principale doit comporter une clause résolutoire prévoyant la résiliation de plein droit pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux échéances convenues, et pour non-versement du dépôt de garantie.
Concrètement, si votre locataire ne paie plus, vous n'avez plus à plaider la résiliation : il suffit de faire jouer la clause via un commandement de payer délivré par commissaire de justice. C'est ce qui peut accélérer la procédure.
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Le commandement de payer : 6 semaines au lieu de 2 mois
C'est le changement le plus concret pour les bailleurs. Lorsque vous activez la clause résolutoire, un commissaire de justice signifie au locataire un commandement de payer. Ce document ouvre un délai pendant lequel le locataire peut régulariser sa dette avant que la résiliation ne produise ses effets.
Pour les baux conclus, renouvelés ou reconduits à partir du 29 juillet 2023, ce délai est de 6 semaines (au lieu de 2 mois auparavant). Pour les baux antérieurs au 29 juillet 2023, l'ancien délai de 2 mois continue de s'appliquer. Le commandement doit, à peine de nullité, mentionner ce délai exact.
Si le locataire ne paie pas dans le délai, la clause résolutoire est acquise. Le bailleur peut alors saisir le juge (assignation) pour faire constater la résiliation et obtenir l'expulsion. Pour gagner du temps, l'assignation peut être préparée sans attendre l'expiration complète du délai, mais l'audience ne tranchera qu'une fois le délai écoulé.
6 semaines ne veut pas dire expulsion en 6 semaines
Des délais de grâce plus difficiles à obtenir pour le locataire
La loi encadre le pouvoir du juge d'accorder des délais. Le juge peut désormais réduire ou supprimer les délais de grâce (articles L412-3 et L412-4 du Code des procédures civiles d'exécution) lorsque le locataire est de mauvaise foi, ou lorsque les occupants sont entrés dans le logement par voie de fait (manœuvres, menaces, voies de fait ou contrainte).
Le juge peut toujours accorder un délai pour quitter les lieux, mais dans une fourchette resserrée : de 1 mois à 1 an maximum (contre 3 mois à 3 ans auparavant). Cela peut raccourcir la durée totale de la procédure quand le locataire ne joue pas le jeu.
En sens inverse, le locataire de bonne foi qui reprend le paiement du loyer courant et propose un plan d'apurement reste protégé : le juge peut suspendre les effets de la clause résolutoire le temps de l'apurement. La loi cible surtout les situations d'occupation manifestement illégitime.
Sanctions renforcées contre le squat et le maintien illégal
La loi a durci l'arsenal pénal. Le squat d'un domicile (violation de domicile, article 226-4 du Code pénal) est désormais puni de 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende, contre 1 an et 15 000 € auparavant.
Pour les locaux qui ne sont pas le domicile de quelqu'un (logement vacant, local commercial, agricole ou professionnel), un nouveau délit d'occupation frauduleuse a été créé (article 315-1 du Code pénal) : 2 ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende, que l'on entre dans les lieux par manœuvres, menaces, voie de fait ou contrainte, ou que l'on s'y maintienne.
Enfin, un locataire défaillant qui se maintient dans le logement malgré une décision de justice d'expulsion définitive et un commandement de quitter les lieux délivré depuis plus de 2 mois encourt 7 500 € d'amende (article 315-2 du Code pénal). Cette sanction ne s'applique pas pendant la trêve hivernale, ni si le juge a accordé des délais, ni dans le parc social.
Un squatteur n'est pas un locataire en impayé
Ce qui change au 1er janvier 2027
Deux décrets du 12 février 2026 (décrets n° 2026-83 et n° 2026-84, publiés au Journal officiel le 13 février 2026) ne touchent pas aux délais judiciaires, mais réorganisent le traitement administratif des impayés pour les locataires bénéficiaires d'une aide au logement (APL, ALS, ALF). Ils entrent en vigueur le 1er janvier 2027.
Désormais, un impayé sera reconnu dès que la dette atteint 450 €, ou bien lorsque, 3 mois après un premier défaut de paiement constaté par le bailleur (quel que soit le montant), le locataire n'a toujours pas réglé sa dépense de logement. La CCAPEX (commission de coordination des actions de prévention des expulsions) devient l'instance décisionnaire sur le maintien ou la suspension de l'aide au logement, et le versement direct de l'aide au bailleur est facilité.
Pour le bailleur, l'enjeu est de signaler tôt l'impayé afin de déclencher ce dispositif de prévention et, le cas échéant, le versement direct de l'aide.
Réagir vite reste la meilleure stratégie
Et le dédommagement en cas de refus de la force publique ?
Quand le préfet refuse d'accorder le concours de la force publique pour exécuter une expulsion, l'État doit indemniser le bailleur du préjudice subi (occupation prolongée, loyers et charges perdus).
Un décret n° 2025-1052 du 3 novembre 2025 a précisé les modalités d'évaluation de cette réparation, prévue à l'article L153-1 du Code des procédures civiles d'exécution. En pratique, l'indemnisation est évaluée par référence au bail (loyers et charges non perçus), à charge pour le bailleur de justifier son préjudice.
Ce mécanisme existait avant la loi Kasbarian-Bergé, mais ses modalités d'évaluation ont été précisées par ce décret récent. Il suppose un dossier solide et, le plus souvent, l'accompagnement d'un avocat.
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Questions fréquentes
La loi Kasbarian-Bergé s'applique-t-elle à mon bail signé avant juillet 2023 ?+
En partie. Le délai raccourci de 6 semaines du commandement de payer ne concerne que les baux conclus, renouvelés ou reconduits à partir du 29 juillet 2023. Pour un bail antérieur non renouvelé depuis, l'ancien délai de 2 mois reste applicable. En revanche, les sanctions pénales renforcées contre le squat s'appliquent à tous, indépendamment de la date du bail.
La loi permet-elle d'expulser un locataire en 6 semaines ?+
Non. Les 6 semaines correspondent seulement au délai de régularisation après le commandement de payer. Entre le premier impayé et l'expulsion effective, il faut compter plusieurs mois : assignation, audience, jugement, commandement de quitter les lieux (2 mois), trêve hivernale éventuelle (1er novembre – 31 mars) et délai d'intervention de la force publique. La durée totale reste de l'ordre de plusieurs mois à plus d'un an.
La clause résolutoire est-elle vraiment obligatoire dans tous les baux ?+
Oui, pour les baux d'habitation à usage de résidence principale conclus depuis le 29 juillet 2023. Elle doit prévoir la résiliation de plein droit en cas de défaut de paiement du loyer, des charges ou du dépôt de garantie. Sans cette clause, vous devez demander au juge de prononcer la résiliation, ce qui est plus long.
Que risque un squatteur depuis la loi de 2023 ?+
Le squat d'un domicile (violation de domicile, article 226-4 du Code pénal) est puni de 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende. L'occupation frauduleuse d'un autre local (logement vacant, local commercial, agricole ou professionnel) relève du nouvel article 315-1 : 2 ans et 30 000 € d'amende. Attention, ces sanctions visent l'occupation sans droit ni titre, pas un locataire entré régulièrement devenu mauvais payeur.
Un locataire qui refuse de partir après le jugement est-il sanctionné ?+
Oui. Le nouvel article 315-2 du Code pénal punit de 7 500 € d'amende le locataire qui se maintient dans le logement malgré une décision d'expulsion définitive et un commandement de quitter les lieux délivré depuis plus de 2 mois. Cette sanction ne s'applique pas pendant la trêve hivernale, ni lorsque le juge a accordé des délais, ni dans le logement social.
Le juge peut-il encore accorder de longs délais au locataire ?+
Le pouvoir du juge est encadré. Il peut accorder un délai pour quitter les lieux, mais dans une fourchette de 1 mois à 1 an au maximum (contre 3 mois à 3 ans auparavant). Surtout, il peut réduire ou supprimer ces délais de grâce en cas de mauvaise foi du locataire ou d'entrée dans le logement par voie de fait (menaces, manœuvres, contrainte).
Qu'est-ce qui change au 1er janvier 2027 pour les impayés ?+
Deux décrets du 12 février 2026 (publiés le 13 février) réorganisent le traitement administratif des impayés des locataires aidés (APL, ALS, ALF). Un impayé sera reconnu dès 450 € de dette, ou 3 mois après un premier défaut de paiement quel que soit le montant ; la CCAPEX deviendra décisionnaire sur le maintien de l'aide, et le versement direct de l'aide au bailleur sera facilité. Ces règles n'affectent pas les délais judiciaires d'expulsion.
Puis-je être indemnisé si la préfecture refuse l'expulsion ?+
Oui. Lorsque le préfet refuse d'accorder le concours de la force publique, l'État doit réparer le préjudice subi par le bailleur (loyers et charges perdus pendant l'occupation). Un décret du 3 novembre 2025 a précisé les modalités d'évaluation de cette indemnisation. Le montage du dossier justifie généralement l'aide d'un avocat.
Cette page remplace-t-elle un avocat ou un commissaire de justice ?+
Non. Cette page est une information générale à jour 2026, pas un conseil juridique personnalisé. Une procédure d'impayés ou de squat dépend de votre situation précise et des actes de procédure. Pour sécuriser vos démarches, faites-vous accompagner par un commissaire de justice et, si besoin, un avocat, ou consultez gratuitement une ADIL (agence départementale d'information sur le logement).
Sources officielles
- Loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023 visant à protéger les logements contre l'occupation illicite (Légifrance)
- ANIL – Loi visant à protéger les logements contre l'occupation illicite
- Code pénal, articles 315-1 et 315-2 (occupation frauduleuse d'un local) – Légifrance
- Décret n° 2026-84 du 12 février 2026 relatif aux impayés de dépense de logement pour les bénéficiaires des aides personnelles au logement – Légifrance
- ANIL – Aides personnelles au logement : traitement des impayés
- Décret n° 2025-1052 du 3 novembre 2025 (réparation en cas de refus du concours de la force publique) – Légifrance
- Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs – Légifrance
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Information générale, pas un conseil juridique personnalisé. Ce contenu s'appuie sur des sources officielles à jour, mais chaque situation est particulière. Pour un litige complexe ou des montants élevés, faites-vous accompagner par un avocat ou un commissaire de justice.