Serenibail

Le commandement de quitter les lieux : délai de 2 mois et ce qui se passe ensuite

Mis à jour le 5 juin 2026 · Rédigé par La rédaction de Serenibail · 8 min de lecture · Sources officielles citées

Vous avez obtenu un jugement d'expulsion et votre locataire occupe toujours le logement ? Le commandement de quitter les lieux est l'étape qui ouvre le compte à rebours avant l'expulsion forcée. Délivré par un commissaire de justice, il laisse au minimum 2 mois à l'occupant pour partir, mais ce délai peut être allongé par le juge. Voici précisément ce que contient cet acte, ce qu'il déclenche et comment se passe la réquisition de la force publique. Ce guide est informatif et ne remplace pas l'avis d'un avocat ou d'un commissaire de justice.

L'essentiel

  • Le commandement de quitter les lieux est un acte signifié par un commissaire de justice après un jugement d'expulsion devenu exécutoire.
  • Il ouvre un délai légal de 2 mois minimum avant toute expulsion forcée (article L412-1 du code des procédures civiles d'exécution).
  • Le juge de l'exécution peut accorder à l'occupant des délais supplémentaires de 3 mois à 3 ans (articles L412-3 et L412-4).
  • Passé le délai, le commissaire de justice tente l'expulsion ; en cas d'échec il requiert le concours de la force publique auprès du préfet, qui a 2 mois pour répondre.
  • Aucune expulsion forcée ne peut avoir lieu pendant la trêve hivernale, du 1er novembre au 31 mars (sauf exceptions, notamment pour les squatteurs).

Gagnez du temps : le Dossier impayé complet, prêt à envoyer

Mise en demeure + courrier CAF + décompte + relance + checklist + dossier PDF49

Voir →

Les étapes, dans l'ordre

  1. 1

    Le jugement d'expulsion devient exécutoire

    Variable selon le jugement

    Après l'audience, le tribunal rend un jugement ordonnant l'expulsion. Il doit être signifié à l'occupant par le commissaire de justice. Le commandement de quitter les lieux ne peut être délivré qu'une fois ce jugement exécutoire.

  2. 2

    Signification du commandement de quitter les lieux

    Jour J

    Le commissaire de justice signifie le commandement à l'occupant. Cet acte ouvre officiellement le délai légal avant expulsion et informe l'occupant de ses droits et recours.

  3. 3

    Délai légal de 2 mois

    2 mois

    L'occupant dispose de 2 mois minimum pour quitter volontairement les lieux (article L412-1). Pendant ce délai, il peut saisir le juge de l'exécution pour demander des délais supplémentaires.

  4. 4

    Éventuels délais accordés par le juge

    3 mois à 3 ans

    Si l'occupant a saisi le juge de l'exécution, celui-ci peut accorder un sursis compris entre 3 mois et 3 ans (articles L412-3 et L412-4), selon sa bonne foi et ses efforts de relogement.

  5. 5

    Tentative d'expulsion par le commissaire de justice

    Après le délai

    Le délai expiré et hors trêve hivernale, le commissaire de justice se rend sur place. Si l'occupant s'oppose ou est absent, il dresse un procès-verbal de tentative d'expulsion.

  6. 6

    Réquisition de la force publique

    2 mois

    Le commissaire de justice demande le concours de la force publique au préfet. Celui-ci a 2 mois pour répondre ; son silence vaut refus et ouvre droit à indemnisation par l'État.

  7. 7

    Expulsion effective

    Variable

    Avec l'accord du préfet, la force publique assiste le commissaire de justice pour reprendre possession du logement. Un procès-verbal d'expulsion est dressé et les meubles sont traités selon la procédure légale.

Qu'est-ce que le commandement de quitter les lieux ?

Le commandement de quitter les lieux est un acte officiel délivré par un commissaire de justice (l'ancien huissier de justice). Il intervient à une étape précise de la procédure d'expulsion : une fois que le tribunal a rendu un jugement ordonnant l'expulsion et que ce jugement est devenu exécutoire (signifié et, le cas échéant, après l'expiration des délais d'appel ou de leur épuisement).

Concrètement, ce commandement somme l'occupant de libérer volontairement le logement. C'est lui qui fait courir le délai légal au terme duquel l'expulsion forcée devient possible. Tant qu'il n'a pas été signifié, le propriétaire ne peut pas faire intervenir le commissaire de justice pour reprendre les lieux, même avec un jugement en main.

Il ne faut pas le confondre avec le commandement de payer, qui est une étape bien antérieure : ce dernier est signifié en début de procédure pour faire jouer la clause résolutoire du bail. Depuis la loi du 27 juillet 2023, il laisse 6 semaines au locataire pour régler sa dette pour les baux signés à compter du 29 juillet 2023 (le délai reste de 2 mois pour les baux antérieurs). Le commandement de quitter les lieux, lui, vient tout à la fin, après le jugement.

Le délai de 2 mois avant l'expulsion

L'article L412-1 du code des procédures civiles d'exécution est clair : l'expulsion d'un lieu habité ne peut avoir lieu qu'à l'expiration d'un délai de 2 mois suivant le commandement de quitter les lieux. Ce délai est automatique : il s'applique sans que l'occupant ait la moindre démarche à faire.

Ce délai de 2 mois peut toutefois être réduit, voire supprimé, par le juge dans certaines situations : lorsque l'occupant est entré dans les lieux par voie de fait (squat), ou lorsque le juge a constaté sa mauvaise foi. À l'inverse, le délai peut aussi être allongé par le juge de l'exécution.

Attention : si la fin du délai de 2 mois tombe pendant la trêve hivernale (du 1er novembre au 31 mars), aucune expulsion forcée ne pourra en principe avoir lieu avant la fin de cette période. Le délai de 2 mois peut courir, mais l'expulsion effective est repoussée.

Le point de départ compte

Les 2 mois se comptent à partir de la date de signification du commandement par le commissaire de justice, et non à partir du jugement. Conservez précieusement l'acte daté : c'est lui qui prouve le départ du délai.

Ce que doit contenir le commandement

Le contenu du commandement de quitter les lieux est encadré par le code des procédures civiles d'exécution (notamment l'article R412-2, qui renvoie aux mentions de l'article R411-1). À peine de nullité, l'acte doit mentionner un certain nombre d'informations destinées à protéger l'occupant et à l'informer de ses droits.

Un commandement qui ne respecte pas ces mentions obligatoires peut être contesté et annulé, ce qui retarderait d'autant la procédure. D'où l'intérêt de confier la rédaction et la signification de l'acte au commissaire de justice, seul professionnel habilité.

  • Le titre exécutoire (le jugement) qui justifie l'expulsion.
  • La date à partir de laquelle le logement doit être libéré.
  • L'indication du juge devant lequel l'occupant peut demander des délais ou contester l'exécution (le juge de l'exécution).
  • L'avertissement qu'à compter de cette date, l'expulsion forcée pourra être pratiquée.
  • La reproduction des articles L412-1 à L412-6 du code des procédures civiles d'exécution.
  • L'information sur la possibilité de saisir la commission de coordination des actions de prévention des expulsions (CCAPEX) ou un service d'accompagnement.

Les délais supplémentaires que le juge peut accorder

Pendant le délai de 2 mois, l'occupant peut saisir le juge de l'exécution pour demander des délais supplémentaires. C'est une faculté prévue par les articles L412-3 et L412-4 du code des procédures civiles d'exécution, lorsque le relogement de l'occupant ne peut avoir lieu dans des conditions normales.

La loi encadre la durée de ces délais : ils ne peuvent en aucun cas être inférieurs à 3 mois ni supérieurs à 3 ans. Le juge fixe la durée en tenant compte de la bonne ou mauvaise foi de l'occupant, des efforts qu'il justifie avoir faits pour se reloger, de la situation respective du propriétaire et de l'occupant, ainsi que des circonstances.

Pour le propriétaire bailleur, c'est souvent la phase la plus frustrante : un occupant de bonne foi mais en difficulté de relogement peut obtenir plusieurs mois de sursis. Pendant ce temps, l'occupant reste en principe redevable d'une indemnité d'occupation, généralement fixée au montant du loyer et des charges, mais son recouvrement effectif reste incertain.

Ces délais ne s'appliquent pas aux squatteurs

Les délais des articles L412-3 et L412-4 ne bénéficient pas aux personnes entrées dans le logement par voie de fait (squat). De même, la trêve hivernale ne protège pas, en principe, les personnes entrées illégalement dans le domicile d'autrui par manœuvres, menaces, voies de fait ou contrainte.

Ce qui se passe après les 2 mois : la réquisition de la force publique

Si, à l'expiration du délai, l'occupant n'a pas quitté les lieux et qu'aucun délai supplémentaire n'a été accordé, le commissaire de justice peut procéder à l'expulsion. Il se rend sur place pour tenter de reprendre possession du logement.

Si l'occupant refuse d'ouvrir, est absent ou s'oppose à l'expulsion, le commissaire de justice ne peut pas forcer seul l'entrée. Il dresse alors un procès-verbal de tentative d'expulsion et adresse une demande de concours de la force publique au préfet du département.

Le préfet dispose alors d'un délai de 2 mois pour répondre. Son silence pendant ces 2 mois vaut refus. En cas d'accord, la force publique (police ou gendarmerie) assiste le commissaire de justice pour procéder à l'expulsion effective. En cas de refus, exprès ou tacite, le propriétaire peut engager la responsabilité de l'État et obtenir une indemnisation du préjudice causé par ce refus.

Le refus de la force publique ouvre droit à indemnisation

Si le préfet refuse ou ne répond pas dans les 2 mois, l'État est en principe tenu de réparer le préjudice subi par le propriétaire (loyers et indemnités d'occupation perdus). Cette indemnisation se demande d'abord auprès de la préfecture, puis, à défaut, devant le tribunal administratif.

Le dossier complet, prêt à l'emploi

Dossier impayé complet49

Vous savez maintenant quoi faire. Le dossier vous donne les documents déjà rédigés et dans le bon ordre pour ne rien rater et ne pas perdre des semaines (chaque erreur coûte cher).

  • Mise en demeure (modèle LRAR)
  • Courrier de signalement CAF
  • Décompte locatif détaillé
  • Relance + plan d'apurement
  • Checklist délais à respecter
  • Dossier PDF pour commissaire/avocat
Découvrir — 49

Accès immédiat · satisfait ou remboursé 14 jours

Questions fréquentes

Qui délivre le commandement de quitter les lieux ?+

Seul un commissaire de justice (l'ancien huissier de justice) est habilité à signifier le commandement de quitter les lieux. Le propriétaire ne peut pas le faire lui-même, ni par lettre, ni en main propre. C'est le commissaire de justice qui rédige l'acte, le signifie à l'occupant et fait courir le délai légal.

Quel est le délai exact avant l'expulsion ?+

Le délai légal est de 2 mois minimum à compter de la signification du commandement, en application de l'article L412-1 du code des procédures civiles d'exécution. Ce délai peut être réduit ou supprimé par le juge en cas de mauvaise foi ou de squat, ou au contraire allongé de 3 mois à 3 ans par le juge de l'exécution.

Peut-on expulser dès la fin des 2 mois ?+

Pas toujours. L'expulsion forcée ne peut intervenir hors de la trêve hivernale (1er novembre au 31 mars) et suppose, en cas d'opposition de l'occupant, l'accord du préfet pour le concours de la force publique. Entre la fin des 2 mois et l'expulsion effective, il peut donc s'écouler plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Que faire si l'occupant ne part pas après le délai ?+

Le commissaire de justice se rend sur place pour tenter l'expulsion. Si l'occupant refuse d'ouvrir ou s'oppose, le commissaire dresse un procès-verbal de tentative d'expulsion puis demande le concours de la force publique au préfet. Vous n'avez à aucun moment le droit de changer la serrure ou de sortir les affaires vous-même : ce serait une expulsion illégale, sanctionnée pénalement.

Combien de temps a le préfet pour répondre à la demande de force publique ?+

Le préfet dispose de 2 mois pour répondre à la demande de concours de la force publique. Son silence pendant ce délai vaut refus. En cas de refus exprès ou tacite, l'État est en principe responsable et doit indemniser le propriétaire du préjudice subi, notamment les loyers et indemnités d'occupation perdus.

L'occupant peut-il obtenir des délais après le commandement ?+

Oui. Pendant le délai de 2 mois, l'occupant peut saisir le juge de l'exécution pour demander un sursis. Le juge peut accorder des délais compris entre 3 mois et 3 ans (articles L412-3 et L412-4), en fonction de sa bonne foi, de ses efforts de relogement et de sa situation. Ces délais ne s'appliquent pas aux personnes entrées par voie de fait (squat).

La trêve hivernale bloque-t-elle le commandement ?+

La trêve hivernale, du 1er novembre au 31 mars, n'empêche pas la signification du commandement ni l'écoulement du délai de 2 mois. Elle interdit en revanche l'expulsion forcée effective pendant cette période, sauf exceptions (notamment pour certains squatteurs). Si le délai expire pendant la trêve, l'expulsion est en principe reportée après le 31 mars.

Quelle différence entre commandement de payer et commandement de quitter les lieux ?+

Le commandement de payer intervient en début de procédure : il vise à faire jouer la clause résolutoire et laisse au locataire 6 semaines pour régler sa dette (baux signés à compter du 29 juillet 2023 ; 2 mois pour les baux antérieurs). Le commandement de quitter les lieux intervient à la toute fin, après le jugement d'expulsion, et ouvre le délai de 2 mois avant l'expulsion forcée.

L'occupant doit-il payer pendant le délai de 2 mois ?+

Oui, en principe. Une fois le bail résilié, l'occupant n'est plus locataire mais reste redevable d'une indemnité d'occupation, généralement égale au loyer et aux charges, jusqu'à la libération effective des lieux. Le jugement fixe le plus souvent cette indemnité. Son recouvrement reste toutefois souvent difficile en pratique.

Sources officielles

Étape suivante

Expulsion d'un locataire : procédure, étapes et délais en 2026

À lire aussi

Dans le même thème : Impayés

Information générale, pas un conseil juridique personnalisé. Ce contenu s'appuie sur des sources officielles à jour, mais chaque situation est particulière. Pour un litige complexe ou des montants élevés, faites-vous accompagner par un avocat ou un commissaire de justice.