Caution solidaire ou caution simple : qui paie en premier ?
Mis à jour le 5 juin 2026 · Rédigé par La rédaction de Serenibail · 11 min de lecture · Sources officielles citées
Vous avez fait signer un garant à l'entrée dans les lieux, le loyer n'est plus payé, et vous vous demandez si vous pouvez réclamer directement à la caution ou si vous devez d'abord épuiser tous les recours contre le locataire. La réponse tient en un seul mot, écrit (ou pas) dans l'acte : « solidaire ». Cette distinction, qui paraît anodine au moment de la signature, change radicalement vos droits le jour de l'impayé. Avec une caution solidaire, vous frappez à la porte du garant dès le premier loyer manquant. Avec une caution simple, le garant peut vous opposer le bénéfice de discussion et vous obliger à poursuivre d'abord le locataire. Cette fiche vous explique la différence concrète, ce que le bailleur peut exiger et de qui en premier, et comment lire votre acte. C'est une information générale qui ne remplace pas l'avis d'un avocat ou d'un commissaire de justice.
L'essentiel
- →Caution solidaire : vous pouvez réclamer la totalité de la dette au garant dès le premier impayé, sans poursuivre d'abord le locataire. C'est le régime le plus protecteur pour le bailleur, et de loin le plus courant.
- →Caution simple : le garant peut vous opposer le bénéfice de discussion (article 2305 du Code civil) et vous obliger à poursuivre d'abord le locataire avant de payer.
- →La solidarité doit être expressément écrite dans l'acte. Sans clause de solidarité claire, c'est la caution simple qui s'applique par défaut.
- →Avec plusieurs garants en caution simple, chacun peut invoquer le bénéfice de division et ne payer que sa part. La solidarité supprime aussi ce bénéfice.
- →Dans tous les cas, vous ne pouvez réclamer que dans la limite du montant garanti inscrit dans l'acte. Cette fiche ne remplace pas un avocat ou un commissaire de justice.
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Les étapes, dans l'ordre
- 1
Identifiez la nature de la caution dans l'acte
Avant toute démarche
Relisez l'acte de cautionnement signé à l'entrée dans les lieux. Repérez les mots « solidaire », « solidairement » ou « renonce au bénéfice de discussion ». S'ils figurent : caution solidaire, vous pouvez réclamer directement au garant. S'ils sont absents : considérez qu'il s'agit d'une caution simple.
- 2
Vérifiez la validité de l'acte
Avant toute démarche
Contrôlez la présence du montant garanti en toutes lettres et en chiffres, du montant du loyer, de l'alinéa de l'article 22-1 de la loi de 1989, et de la remise du bail. Vérifiez aussi que vous n'avez pas de GLI, qui rend le cautionnement par une personne physique interdit (sauf étudiant ou apprenti).
- 3
Caution simple : poursuivez d'abord le locataire
Dès le 1er ou 2e mois d'impayé
Si la caution est simple, adressez d'abord une relance puis, si besoin, un commandement de payer au locataire. C'est nécessaire pour neutraliser le bénéfice de discussion que le garant pourrait invoquer. Beaucoup d'impayés se règlent dès ce stade ou par un plan d'apurement.
- 4
Mettez le garant en demeure
Délai de paiement de 8 à 15 jours
Adressez au garant une lettre recommandée avec avis de réception le mettant en demeure de payer, avec le montant exact et un décompte clair, en rappelant l'acte de cautionnement et un délai de paiement (8 à 15 jours). Pour une caution solidaire, c'est possible dès le premier impayé ; pour une caution simple, après avoir sollicité le locataire.
- 5
Signifiez le commandement de payer au garant dans les 15 jours
15 jours après signification au locataire
Si un commandement de payer est délivré au locataire par commissaire de justice, faites-le signifier au garant dans les 15 jours suivant la signification au locataire (article 24 de la loi de 1989). À défaut, le garant ne devra ni les pénalités ni les intérêts de retard, seulement le principal.
- 6
Laissez courir le délai de la clause résolutoire
6 semaines (ou 2 mois pour certains baux antérieurs)
Si le bail comporte une clause résolutoire, elle ne produit effet que six semaines après un commandement de payer resté infructueux, pour les baux conclus ou renouvelés depuis le 29 juillet 2023 (article 24 modifié par la loi du 27 juillet 2023). Pour les baux antérieurs, le délai contractuel de 2 mois peut rester applicable selon la Cour de cassation.
- 7
Saisissez le juge puis recouvrez
Prescription : 3 ans par échéance
En l'absence de paiement, saisissez le juge des contentieux de la protection pour faire condamner le garant (et le locataire) à payer. Une fois le titre obtenu, le commissaire de justice peut procéder au recouvrement forcé, dans la limite du montant garanti.
La distinction qui change tout : qui paie en premier
La caution (le garant) est la personne qui s'engage à payer ce que doit le locataire s'il ne paie pas. Mais la force de cet engagement dépend entièrement de sa nature : simple ou solidaire. Cette nature est inscrite dans l'acte de cautionnement signé à l'entrée dans les lieux. C'est elle qui détermine à quel moment, et dans quel ordre, vous pouvez vous tourner vers le garant.
Avec une caution solidaire, vous choisissez librement qui vous poursuivez : le locataire, le garant, ou les deux en même temps. Dès le premier loyer impayé, vous pouvez réclamer la totalité de la dette au garant, sans avoir à prouver que le locataire est insolvable ni à engager d'abord une procédure contre lui. Le garant solidaire est, dans les faits, un second débiteur de plein rang. C'est le régime le plus protecteur pour le bailleur, et c'est pourquoi la quasi-totalité des actes de cautionnement en location le prévoient.
Avec une caution simple, le garant est un débiteur de second rang. Avant de pouvoir l'actionner, vous devez d'abord vous adresser au locataire défaillant. Le service-public.gouv.fr le formule clairement : avec une caution simple, le propriétaire doit d'abord s'adresser au locataire en lui envoyant un commandement de payer ; ce n'est qu'en cas d'échec qu'il peut se retourner vers le garant. Le garant simple dispose d'une arme juridique pour vous y contraindre : le bénéfice de discussion.
- Caution solidaire : réclamation directe au garant dès le 1er impayé, pour la totalité de la dette
- Caution simple : il faut d'abord poursuivre le locataire avant d'actionner le garant
- Vous choisissez qui poursuivre (locataire, garant, ou les deux) uniquement avec la caution solidaire
- Dans les deux cas, jamais au-delà du montant maximum garanti inscrit dans l'acte
Comment savoir laquelle vous avez
Le bénéfice de discussion, expliqué simplement
Le bénéfice de discussion est défini par l'article 2305 du Code civil : il permet à la caution d'obliger le créancier (vous, le bailleur) à poursuivre d'abord le débiteur principal (le locataire). En clair, le garant vous dit : « Allez d'abord saisir les biens du locataire ; je ne paierai que ce qui reste. »
Point essentiel : ce bénéfice n'appartient qu'à la caution simple. L'article 2305 précise que ne peut s'en prévaloir ni la caution tenue solidairement avec le débiteur, ni celle qui a renoncé à ce bénéfice, ni la caution judiciaire. Une caution solidaire ne peut donc jamais vous l'opposer : c'est tout l'intérêt de la solidarité pour le bailleur.
Le bénéfice de discussion n'est pas non plus automatique pour la caution simple. L'article 2305-1 du Code civil impose au garant de l'invoquer dès les premières poursuites dirigées contre lui, et surtout d'indiquer au créancier les biens du locataire susceptibles d'être saisis (à condition qu'ils ne soient ni litigieux ni grevés d'une sûreté au profit d'un tiers). Si le garant ne remplit pas ces conditions, il ne peut pas vous arrêter. En revanche, si le garant a utilement indiqué des biens saisissables et que vous négligez de poursuivre le locataire au point qu'il devienne insolvable, vous répondez de cette insolvabilité à hauteur de la valeur des biens indiqués.
- Bénéfice de discussion = le garant vous oblige à poursuivre d'abord le locataire (article 2305)
- Réservé à la caution simple : la caution solidaire ne peut jamais l'invoquer
- Le garant doit l'invoquer dès les premières poursuites et indiquer des biens saisissables du locataire (article 2305-1)
- S'il ne le fait pas dans les règles, il ne peut pas vous bloquer
En pratique
Plusieurs garants : le bénéfice de division
Lorsque plusieurs personnes se sont portées caution de la même dette (par exemple les deux parents d'un locataire), une seconde arme existe pour le garant : le bénéfice de division. Il permet à chaque caution poursuivie d'exiger que vous divisiez votre action et que vous ne lui réclamiez que sa part de la dette, et non la totalité (articles 2306 et suivants du Code civil).
Là encore, la solidarité fait toute la différence. Une caution solidaire renonce non seulement au bénéfice de discussion, mais aussi au bénéfice de division : vous pouvez réclamer à un seul garant solidaire l'intégralité de la dette, à charge pour lui de se retourner ensuite contre les autres. Avec des cautions simples, en revanche, chaque garant ne peut être tenu que de sa part dès lors qu'il invoque la division.
- Bénéfice de division = chaque garant ne paie que sa part quand il y a plusieurs cautions
- La caution solidaire supprime ce bénéfice : un seul garant peut être tenu de tout
- Lisez l'acte : « solidairement entre elles » verrouille aussi la division entre garants
Ce que le bailleur peut exiger, et de qui en premier
Quelle que soit la nature de la caution, vous ne pouvez réclamer au garant que ce que doit réellement le locataire au titre du bail, et seulement dans la limite du montant maximum inscrit dans l'acte de cautionnement. Dans cette limite, la dette réclamable comprend généralement les loyers et charges impayés, les intérêts et pénalités de retard, et, selon la rédaction de l'acte, les indemnités d'occupation après résiliation et les frais de remise en état pour dégradations imputables au locataire (jamais la vétusté ni l'usure normale).
L'ordre dans lequel vous pouvez réclamer dépend de la nature de la caution. Avec une caution solidaire, vous pouvez adresser directement au garant, de préférence par lettre recommandée avec avis de réception, une mise en demeure de payer dès le premier impayé. Avec une caution simple, adressez-vous d'abord au locataire (relance, puis commandement de payer par commissaire de justice) avant de solliciter le garant.
Un point technique commun aux deux régimes : lorsqu'un commandement de payer est délivré au locataire par un commissaire de justice, il doit être signifié au garant dans un délai de quinze jours à compter de sa signification au locataire (article 24 de la loi du 6 juillet 1989). À défaut, le garant ne peut être tenu au paiement des pénalités ni des intérêts de retard ; il reste seulement redevable du principal.
- Réclamable : loyers, charges, intérêts et pénalités de retard, indemnités d'occupation et frais de remise en état si l'acte le prévoit
- Plafond absolu : le montant maximum garanti écrit dans l'acte (article 2297 du Code civil)
- Caution solidaire : mise en demeure directe du garant dès le 1er impayé, par LRAR
- Caution simple : poursuivez d'abord le locataire, puis le garant
- Commandement de payer : à signifier au garant dans les 15 jours, sinon pas de pénalités ni d'intérêts à sa charge
GLI et caution ne se cumulent pas
Vérifier la validité de l'acte avant de réclamer
Avant d'actionner un garant, simple ou solidaire, assurez-vous que l'acte de cautionnement est valable, car un acte irrégulier peut être annulé par le juge et vous laisser sans recours. Depuis la réforme du droit des sûretés (ordonnance du 15 septembre 2021, en vigueur au 1er janvier 2022), la caution personne physique n'a plus à recopier une longue mention manuscrite type, mais l'acte doit toujours, à peine de nullité, comporter une mention apposée par la caution indiquant le montant garanti, en principal et accessoires, en toutes lettres et en chiffres (article 2297 du Code civil). En cas de différence entre les deux écritures, le cautionnement vaut pour la somme écrite en toutes lettres.
L'acte doit aussi reprendre le montant du loyer et ses conditions de révision tels qu'ils figurent au bail, ainsi que la reproduction de l'avant-dernier alinéa de l'article 22-1 de la loi du 6 juillet 1989 relatif à la résiliation, et un exemplaire du bail doit avoir été remis à la caution. Pour un garant de colocataire, la solidarité du garant prend fin à l'arrivée d'un colocataire remplaçant inscrit au bail ou, à défaut, au plus tard six mois après la date d'effet du congé (article 8-1 de la loi de 1989) : vérifiez ce délai avant de réclamer.
- Montant garanti en toutes lettres et en chiffres ; en cas de différence, la somme en toutes lettres l'emporte (article 2297 du Code civil)
- Montant du loyer et conditions de révision repris dans l'acte
- Reproduction de l'alinéa de l'article 22-1 de la loi de 1989 sur la résiliation
- Remise d'un exemplaire du bail à la caution
- En colocation : fin de la solidarité du garant 6 mois après le congé du colocataire, à défaut de remplaçant (article 8-1)
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Questions fréquentes
Quelle est la différence concrète entre caution simple et caution solidaire ?+
Elle tient à l'ordre dans lequel vous pouvez réclamer. Avec une caution solidaire, vous pouvez exiger la totalité de la dette directement du garant dès le premier impayé, sans poursuivre d'abord le locataire. Avec une caution simple, le garant est un débiteur de second rang : vous devez d'abord vous adresser au locataire, et le garant peut vous opposer le bénéfice de discussion pour vous y obliger. La nature de l'engagement est inscrite dans l'acte de cautionnement.
Qu'est-ce que le bénéfice de discussion ?+
C'est le droit, défini par l'article 2305 du Code civil, qui permet à la caution d'obliger le bailleur à poursuivre d'abord le locataire (le débiteur principal) avant de réclamer au garant. Seule une caution simple peut l'invoquer : l'article 2305 exclut expressément la caution solidaire, celle qui a renoncé à ce bénéfice et la caution judiciaire. Le garant doit en outre l'invoquer dès les premières poursuites et indiquer des biens saisissables du locataire (article 2305-1).
Puis-je réclamer directement au garant sans passer par le locataire ?+
Oui, mais seulement si la caution est solidaire : vous pouvez alors adresser une mise en demeure au garant dès le premier impayé, de préférence par lettre recommandée avec avis de réception, sans poursuivre d'abord le locataire. Si la caution est simple, vous devez d'abord vous adresser au locataire, faute de quoi le garant pourra vous opposer le bénéfice de discussion.
Comment savoir si ma caution est simple ou solidaire ?+
Lisez l'acte de cautionnement. La solidarité doit être expressément prévue : cherchez les mots « caution solidaire », « solidairement » ou « renonce au bénéfice de discussion ». Si la solidarité n'est mentionnée nulle part, le régime par défaut est celui de la caution simple, et vous devez poursuivre d'abord le locataire. En cas de doute sur la lecture, faites vérifier l'acte par un professionnel.
Que peut exiger le bailleur du garant, et dans quelle limite ?+
Tout ce que doit le locataire au titre du bail (loyers et charges impayés, intérêts et pénalités de retard, et, si l'acte le prévoit, indemnités d'occupation et frais de remise en état pour dégradations imputables), mais uniquement dans la limite du montant maximum inscrit dans l'acte. Vous ne pouvez jamais réclamer au-delà de ce plafond garanti, ni facturer la vétusté ou l'usure normale du logement.
Il y a deux garants : puis-je réclamer toute la dette à un seul ?+
Cela dépend de la nature de la caution. En caution simple, chaque garant peut invoquer le bénéfice de division (articles 2306 et suivants du Code civil) et n'être tenu que de sa part. En caution solidaire entre eux, ce bénéfice est supprimé : vous pouvez réclamer la totalité à un seul garant solidaire, à charge pour lui de se retourner ensuite contre l'autre. Lisez l'acte pour vérifier si les garants sont tenus « solidairement entre eux ».
Le garant doit-il payer les intérêts et pénalités de retard ?+
Oui, mais à une condition de délai valable pour les deux types de caution. Lorsqu'un commandement de payer est délivré au locataire par commissaire de justice, il doit être signifié au garant dans les quinze jours suivant sa signification au locataire (article 24 de la loi du 6 juillet 1989). À défaut, le garant ne peut être tenu au paiement des pénalités ni des intérêts de retard ; il reste seulement redevable du principal de la dette.
Mon acte n'a pas de mention manuscrite type : la caution est-elle valable ?+
Probablement oui s'il a été signé après le 1er janvier 2022 : la réforme du droit des sûretés a remplacé la mention manuscrite recopiée par une mention apposée par la caution indiquant le montant garanti, en principal et accessoires, en toutes lettres et en chiffres (article 2297 du Code civil). En cas de différence entre les deux écritures, c'est la somme en toutes lettres qui l'emporte. Pour un acte antérieur, les anciennes règles s'appliquent. En cas de doute, faites vérifier l'acte, car un acte irrégulier peut être annulé et vous priver de recours contre le garant.
Cette fiche remplace-t-elle un avocat ou un commissaire de justice ?+
Non. C'est une information générale et non un conseil juridique personnalisé. Pour la délivrance d'un commandement de payer, le recouvrement forcé ou un litige sur la validité de l'acte de cautionnement, l'intervention d'un commissaire de justice et/ou d'un avocat est indispensable. L'ANIL (agences départementales d'information sur le logement) offre par ailleurs des conseils gratuits.
Sources officielles
- Service-public.gouv.fr — Caution du locataire ou du colocataire dans un logement privé (F31267)
- Légifrance — Code civil, article 2305 (bénéfice de discussion)
- Légifrance — Code civil, article 2305-1 (invocation et indication des biens saisissables)
- Légifrance — Code civil, articles 2306 et suivants (bénéfice de division)
- Légifrance — Code civil, article 2297 (mention de la caution)
- Légifrance — Loi n°89-462 du 6 juillet 1989, article 24 (commandement de payer, signification au garant, clause résolutoire)
- Légifrance — Loi n°89-462 du 6 juillet 1989, article 8-1 (colocation, fin de solidarité du garant)
- Légifrance — Loi n°2023-668 du 27 juillet 2023 (loi Kasbarian-Bergé)
- ANIL — Caution et garanties de location
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Information générale, pas un conseil juridique personnalisé. Ce contenu s'appuie sur des sources officielles à jour, mais chaque situation est particulière. Pour un litige complexe ou des montants élevés, faites-vous accompagner par un avocat ou un commissaire de justice.